mercredi 18 octobre 2017

Sans merci : le récit d’un médecin au Yémen

Par Adrian Rossi 

Source : Off Guardian

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone
Les villageois cherchent des corps dans les décombres
Je commencerais par dire que je ne suis pas une personne très sentimentale. Peut-être cela a-t-il à voir avec le fait que je n’ai pas encore atteint une maturité émotionnelle suffisante pour me sentir à l’aise lorsque je suis publiquement vulnérable. Donc ce billet sera un peu de ça, avec l’espoir que je serai capable de vous offrir à tous un aperçu des horreurs que vivent les Yéménites chaque jour à un niveau émotionnel et psychologique.

J’ai perdu mes parents en Angola lorsque j’avais 7 ans. J’ai été témoin lorsqu’on leur a tiré dans la tête puis qu’ils ont été brûlés dans ce qui était une fosse commune. Leur mort avait été instantanée, donc leurs yeux étaient restés ouverts. En les regardant à cet âge encore tendre, je me souviens avoir pensé qu’ils étaient peut-être encore vivants et qu’ils pouvaient ressentir la douleur. La plus grande partie de ceci est flou et revient de temps en temps. Ce dont je me souviens le mieux est mon instinct désespéré de sauter là-dedans derrière eux et de les en sortir. C’est le genre d’expérience que les psychiatres nomment le « syndrome de dévastation humaine », puisque le PTSD (syndrome de stress post-traumatique) et son parent le Complexe PTSD ne sont plus en mesure de correspondre au profil d’un tel traumatisme. J’ai passé environ neuf mois en Angola, dans un coin de l’enfer appelé un orphelinat, puis un peu plus dans mon pays d’origine. Cela fait 34 ans et je ne suis pas encore totalement guéri de cette expérience.

Ces deux derniers jours, nous avons perdu 15 personnes du choléra. Huit d’entre elles étaient des enfants. Ces derniers mois, j’ai vu et vécu des choses comme devoir retirer des enfants de 5 mois seulement, et d’autres jusqu’à 10 ans de sous les décombres – la plupart d’entre eux sont venus en morceaux de chair ; leurs têtes avaient été séparées de leur corps, ou d’autres dont les crânes avaient été complètement vidés. J’ai vu des corps humains tordus et mutilés d’une manière qu’aucun cauchemar ne peut inventer. D’une manière telle que même ceux qui lisent les descriptions bibliques de l’Enfer ne peuvent concevoir. Dont les membres avaient été déchiquetés ; dont les visages étaient devenus comme des masques. Lors d’une récente tentative de sauvetage, quelqu’un a marché accidentellement sur ce qui avait été la tête de quelqu’un, et qui a réagi comme un masque de silicone. C’était là l’ampleur des dommages causés par les frappes aériennes, avec des armes achetées aux États-Unis et au Royaume-Uni. Pour moi, en tant que médecin, le corps humain est sacro-saint, comme l’est la vie. Voir tout cela pendant des mois m’a fait frôler la dépression nerveuse, et je suis pourtant un adulte avec des expériences précédentes semblables.

À la fin du mois d’août, j’ai vu un enfant dont les parents avaient été massacrés dans ce qui fut l’un des raids les plus intenses depuis des mois. Il les cherchait dans les décombres et il a trouvé la jambe droite et le gros intestin de son père à 100 mètres de l’impact initial de la frappe aérienne. Il l’a reconnu à sa chaussure et à la couleur de son pantalon. Sa tête et ses membres restants avaient été dispersés en différents endroits de ce qui avait été leur maison, complètement  réduite en décombres. Le garçon était catatonique. À l’œil nu, il aurait semblé totalement imperturbable. La douloureuse vérité était que son cerveau le protégeait en poussant sur le bouton « choc ». Un choc si profond qu’il ne pouvait réagir. Il ne pouvait pas pleurer, il ne pouvait pas crier. C’était trop pour que son petit cœur et son esprit puissent le traiter.

Regarder cet enfant m’a fait comme si je me regardais au même âge et j’ai soudain réalisé qu’il avait été marqué à vie. Que pour lui, il n’y aurait pas de rémission de l’horreur, de la douleur, de la fureur, de la crise de croissance émotionnelle ou de la désolation absolue et totale. On aurait dit qu’une montagne était sortie du sol et je pouvais le voir qui aurait à la gravir pour le restant de ses jours sans aucun équipement à disposition. Aucune aide véritable. Personne pour prendre vraiment soin de lui. C’était comme si un camion m’était passé dessus. À cet instant, je voulais simplement mourir.

Quelque chose se produit lorsque vous vivez un traumatisme de cette ampleur. Quelque chose est complètement détruit ; une fracture si profonde que vous comprenez rapidement que vous ne découvrirez jamais toutes les façons dont elle vous a abîmé. Pour la vie. Cela ne disparaîtra jamais. C’est seulement une plaie béante qu’on continue à essayer de recouvrir avec des bandages miniatures qui laissent des trous, et ont parfois l’honneur et l’horreur de la laisser voir. La vulnérabilité, quelle qu’en soit la nature, devient un immense problème. Sa simple perspective effraie et blesse.

Vous vivez des moments, même comme adulte, où votre enfant intérieur émerge sans votre permission et cet enfant est marqué à jamais. Cela se produit aux moments les plus aléatoires, et subitement vous ne contrôlez plus votre être adulte. L’affection devient un problème. La confiance devient un problème. Vivre devient un problème. Respirer devient un effort presque insurmontable. Gérer tout cela – mais en particulier la fureur et la souffrance – prend le dessus sur tout autre aspect de votre vie. Cela devient votre vie toute entière, laissant peu d’espace ou pas du tout pour vivre effectivement. Et cela dans les meilleures conditions possibles, là où thérapie et quelque forme de soutien sont accessibles.

Je tiens pour un fait que cet enfant n’aura rien de tout cela, puisque ses parents étaient sa seule famille. Dans un pays déchiré par la guerre, où tous les pays occidentaux construisent leurs petits luxes sur son dos et les morceaux du corps et le sang de ses parents, personne ne lui donnera la chance d’aller en thérapie ; et encore moins celle d’une nouvelle vie. Le scénario le plus probable pour lui et pour des centaines de milliers d’autres en ce moment est de mourir de famine, du choléra ou d’une autre attaque aérienne.

Personne ne connaîtra jamais son nom. Personne ne saura même qu’il existe. Il n’est qu’une nouvelle victime d’une « guerre civile » que les Occidentaux préfèrent complètement ignorer.

Ceci.  Est.  Le Yémen.

Et c’est ce que l’Arabie saoudite et ses alliés, régionaux et internationaux, lui font subir.

Et aux gens qui y vivent.

Adrian Rossi

Voir également : De la Palestine au Yémen: honneur et déchéance du monde arabe

vendredi 13 octobre 2017

Et les droits des hommes ? Corruption endémique dans l’industrie du divorce

Par Mary Serumaga



Soutenez la justice en répondant à l’Appel au secours de Norman Finkelstein et en signant sa pétition

 
En visitant le site Web incontournable du Professeur Norman Finkelstein, j’ai eu connaissance d’une nouvelle injustice. Cette fois-ci, le problème n’était pas d’ordre politique mais domestique. La victime n’était pas une nation [la Palestine] mais un individu, le Dr B. [Baldeo], un ancien étudiant et ami du Professeur Finkelstein.

Le Dr B. a perdu sa maison et toutes ses économies dans une procédure de divorce hargneuse intentée par son épouse après vingt-cinq ans de mariage. J’ai lu le dossier en détail. Quand je suis parvenue aux allégations de violences physiques, émotionnelles et financières, je me suis sentie vraiment mal à l’aise, car c’était tellement personnel, et la procédure de divorce était toujours en cours. Du fait de notre conscience collective accrue quant aux questions relatives aux droits des femmes, la présence de violence présumée dans le dossier constituait un drapeau rouge. D’après les articles parfois cryptiques concernant l’affaire, le Dr B. semblait avoir signé quelque chose et en était traumatisé. « Il faut que ça cesse », s’était-il exclamé. La conclusion facile était que traumatisé ou non, le Dr B., présumé coupable, avait probablement été lui-même l’artisan de ce drame. Tolérance zéro. Point final.

Cependant, deux choses ont attiré mon attention. Tout d’abord, le Professeur Finkelstein, qui, avec la rigueur proverbiale qui est la sienne, a suivi l’affaire durant des mois et a scruté toutes les pièces du dossier, a affirmé qu’il n’y avait aucune preuve des présumés « innombrables » épisodes de « violence indescriptible » qui auraient été infligés par le Dr B. à son épouse depuis 1991. Une affirmation très lourde. Deuxièmement, un jour, les avocats ont réclamé des honoraires de 50 000 dollars. Ils ont ensuite ajourné les discussions pour aller déjeuner, seulement pour revenir avec une facture de 80 000 dollars, soit 30 000 dollars pour une pause-déjeuner ! Quelque chose n’allait pas.

L’affaire s’est ensuite étendue au domaine de la justice pénale lorsque le Professeur Finkelstein a commencé à confronter les avocats. Il les a informés de son intention d’écrire un article exposant ce qui selon lui constituait un témoignage parjure sous serment. Ces avocats n’ont pas récusé le contenu factuel du projet d’article qu’il leur a envoyé, mais ils ont écrit aux avocats du Dr B. et non à ceux du Professeur Finkelstein, les informant que toute publication porterait atteinte personnellement et professionnellement au Dr B. Peu de temps après, le Professeur Finkelstein a été arrêté et emprisonné sans préavis et en pleine nuit, puis soumis à une ordonnance restrictive. À ce stade, l’inconfort et la confusion étaient aigus.

jeudi 12 octobre 2017

Des nouvelles alarmantes pour Norman Finkelstein

Par Norman Finkelstein




Le matin du 12 octobre 2017 [soit jeudi après-midi en France], je dois me présenter au tribunal de district du Comté de Nassau, sis au 99 Main Street, Hempstead, New York, 11550 (Tél : 1-516-493-4200). 

J’ai parlé à un bon avocat ce [mercredi] soir. Il m’a informé qu’il y a de fortes chances pour que je sois emprisonné une dizaine de jours. Je suis sceptique quant à ma capacité à supporter ces dix jours. Je suis trop âgé, trop fatigué, et l’environnement me sera trop étranger. 

Je ne sais pas si ces mafiosi [les avocats-vautours Michael Chetkof et Allyson Burger] veulent me punir, me faire taire ou – littéralement – me tuer. Il semblerait qu’ils aient été rendus fous par ma résistance défiante face à leur entreprise de destruction bien rodée [contre de pauvres individus comme mon ancien étudiant et ami le Dr. Rudolph Baldeo, immigré musulman ayant réussi et aujourdhui en proie à ces rapaces]. 

Comme cela apparaitra aveuglément évident à tous ceux qui ont mis les pieds dans notre système de justice pénale, il est conçu pour détruire la jeunesse afro-américaine. (Sur les 45 détenus de ma cellule, trois autres étaient blancs, peut-être trois étaient d’origine hispanique, et tous les autres étaient afro-américains). Je me suis retrouvé du mauvais côté de cette enclave d’Apartheid par hasard. J’ai moi aussi résisté, donc je dois être neutralisé. Il peut se faire qu’ils parviennent à me neutraliser physiquement. Je n’ai aucun contrôle sur cela. Mais tant quil me restera un souffle de vie, je ne céderai jamais.

Norman Finkelstein 


Soutenez la justice en répondant à l'Appel au secours de Norman Finkelstein et en signant sa pétition

Article précédent : Norman Finkelstein passé à tabac, emprisonné puis libéré sous caution

Norman Finkelstein et le Dr Baldeo face aux avocats-rapaces Michael Chetkof et Allyson Burger 

mercredi 11 octobre 2017

Norman Finkelstein passé à tabac, emprisonné puis libéré sous caution

 

Il semble que la propension de la justice américaine pour l'injustice ne connaisse pas de limites. La police de Long Island est venue au domicile de Norman la nuit dernière, l'a passé à tabac impitoyablement et l'a ensuite jeté dans une cellule de prison. Tout cela parce qu'il a osé s'opposer au duo de mafiosi Michael Chetkof et Allyson Burger. Tout cela parce qu'il ne supporte aucune injustice et qu'il n'est pas disposé à voir la vie d'un ami cher détruite sous ses yeux.

Soutenez la justice en répondant à l'Appel au secours de Norman Finkelstein et en signant sa pétition

Voir également la mise à jour du Professeur Finkelstein : Des nouvelles alarmantes pour Norman Finkelstein

 Norman Finkelstein et le Dr Baldeo face aux avocats-rapaces Michael Chetkof et Allyson Burger

mardi 10 octobre 2017

Farewell letter from the martyr Ernesto 'Che' Guevara to Fidel Castro

Address of Commandante Fidel Castro Ruz, Prime Minister of the Communist Party of Cuba and Prime Minister of the Government of the Republic of Cuba, to the Central Committee of the Communist Party of Cuba in Havana on October 3rd, 1965Published on the occasion of the fiftieth anniversary of Che's assassination for the CIA, on October 9th, 1967

Source : http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/1965/esp/f031065e.html


Translation: http://walterlippmann.com/fidel-castro-speech-october-3-1965, http://sayed7asan.blogspot.com
  
The farewell letter of Commandante Ernesto Che Guevara was read by Fidel Castro on October 3rd, 1965 in Havana, in front of the Central Committee of the Cuban Communist Party and before the cameras. After his return from Africa in February 1965, the Che disappeared from the public scene without official explanation, causing questions in Cuba and especially abroad. The rumors evoked disputes between Fidel and the Che, and even a real purge. This letter, written by the hand of the Che, proves the unfounded character of these calumnies, which the reactionaries (and pseudo-revolutionaries) continue to propagate to this day in order to discredit Cuba.

Even before the beginning of the Cuban Revolution, Che, a convinced internationalist, had pledged himself alongside Fidel Castro on the condition of being free to pursue his revolutionary and anti-imperialist struggle under other heavens after the Victory in Cuba. His experiences in Congo and Bolivia were known only after his death, with the publication of his War Diaries by the Cuban government.


Support justice by answering Norman Finkelstein's call for help and signing his petition


Transcript:

[...] There is an absence in our central committee of one who possess all the merits and all the virtues in the highest degree to belong to it and who, however, is not along the members of the central committee. 

Lettre d'adieux du martyr Ernesto ‘Che’ Guevara à Fidel Castro

Adresse du Commandant Fidel Castro Ruz, Premier Secrétaire du Parti communiste de Cuba et Premier ministre du gouvernement révolutionnaire, face au Comité central du Parti communiste de Cuba à La Havane, le 3 octobre 1965

Traduite en français pour la première fois à l'occasion du cinquantenaire de l'assassinat du Che par la CIA, le 9 octobre 1967

 

La lettre dadieux du Commandant Ernesto Che Guevara a été lue par Fidel Castro le 3 octobre 1965 à La Havane, face aux Comité Central du Parti Communiste cubain et devant les caméras. Après son retour dAfrique en février 1965, le Che avait disparu de la scène publique sans explication officielle. A Cuba et surtout à létranger, des rumeurs faisaient notamment état de prétendues dissensions entre Fidel et le Che, voire dun assassinat à l'occasion d'une purge. Cette lettre écrite de la main du Che a prouvé le caractère infondé de ces calomnies, que les réactionnaires (et pseudo-révolutionnaires) continuent à propager jusquà ce jour pour discréditer Cuba.

Avant même le commencement de la Révolution cubaine, le Che, internationaliste convaincu, ne s
était engagé aux côtés de Fidel Castro quà la condition de rester libre de poursuivre son action révolutionnaire et anti-impérialiste sous d'autres cieux après la victoire face à Batista. Ses actions au Congo et en Bolivie nont été révélées quaprès sa mort avec la publication de ses Journaux de guerre par le gouvernement cubain. 

Soutenez la justice en répondant à l'Appel au secours de Norman Finkelstein et en signant sa pétition

 
Transcription :

[…] Il y a une absence dans notre Comité Central, (l’absence d’une personne) qui possède au plus haut degré tous les mérites et toutes les vertus nécessaires pour en faire partie, mais qui malgré cela n’est pas présent parmi les membres de notre Comité Central.

Autour de cette absence, l’ennemi a pu tisser mille conjectures; l’ennemi a essayé de duper et de semer l’ivraie et le doute, et patiemment, car il fallait attendre, nous avons attendu.

Et c’est ce qui différencie le révolutionnaire du contre-révolutionnaire, le révolutionnaire de l’impérialiste : nous les révolutionnaires, nous savons attendre, nous savons être patients, nous ne désespérons jamais, et les réactionnaires, les contre-révolutionnaires, les impérialistes, vivent dans le désespoir permanent, ils vivent dans l’angoisse perpétuelle, dans le mensonge perpétuel, de la manière la plus ridicule, la plus infantile.

Quand on lit ce que disent certains de ces fonctionnaires, certains de ces sénateurs Yankees, on se demande : ‘Mais comment est-il possible que cet homme ne soit pas dans une étable au lieu d’appartenir à ce qu’on appelle un Congrès ?’ (Applaudissements) Certains profèrent de véritables outrages. Et ils ont une habitude de mentir colossale et irrépressible, ils ne peuvent pas vivre sans mentir. Ils vivent dans la détresse.

Si le gouvernement révolutionnaire déclare quelque chose – c’est ce qu’il a toujours fait – comme il l'a fait pour la question que j’ai mentionnée au début de mon propos, ils y voient des choses horribles, effroyables, ils imaginent tout un plan derrière cela !

Quel ridicule ! Avec quelle peur ils vivent ! Et on se demande : le croient-ils vraiment ? Y croient-ils vraiment ? Est-ce qu’ils croient tout ce qu’ils disent ? Ou ont-ils besoin de croire tout ce qu’ils disent ? Ou ne peuvent-ils vivre sans croire tout ce qu’ils disent ? Ou disent-ils tout ce qu’ils ne croient pas ?

C’est difficile à dire, il faudrait poser la question à des médecins et à des psychologues. Qu’est-ce qu’ils ont dans la tête, quelle est donc cette angoisse qui les amène à voir partout une manœuvre, un plan effroyable, maléfique, terrible ? Et ils ne savent pas qu’il n’y a pas de meilleure tactique, pas de meilleure stratégie que de lutter avec des armes propres, de se battre avec la vérité, car ce sont les seules armes qui inspirent la confiance, ce sont les seules armes qui inspirent la foi, ce sont les seules armes qui inspirent la sécurité, la dignité, le moral. Et ce sont les armes avec lesquelles nous les révolutionnaires avons vaincu et écrasé nos ennemis.

Le mensonge. Qui a déjà entendu un mensonge dans la bouche d’un révolutionnaire ? [Jamais personne.] Parce que ce sont des armes qui ne profitent à aucun révolutionnaire, et aucun révolutionnaire authentique n’a jamais besoin de recourir à un mensonge ; ses armes sont la raison, la moralité, la vérité, la capacité de défendre une idée, une proposition, une prise de position.

Et en fin de compte, le spectacle moral offert par nos adversaires est vraiment lamentable. Ainsi, les augures, les interprètes, les spécialistes des questions cubaines et les machines électroniques ont travaillé sans cesse à démêler ce mystère. Est-ce qu’Ernesto Guevara a été victime d’une purge, est-ce qu’Ernesto Guevara est malade, est-ce qu’Ernesto Guevara a eu des divergences (avec Fidel), et autres insanités du même genre.

Naturellement, le peuple a confiance, le peuple a la foi. Mais les ennemis profitent de ces choses, surtout à l’étranger, pour calomnier : « Voyez donc ce régime communiste ténébreux et terrible, les hommes y disparaissent, ils ne laissent aucune trace, aucun vestige, aucune explication n’est fournie. » Alors que lorsqu’il le fallait, nous avons dit au peuple, quand les gens ont commencé à constater cette absence, que nous en parlerions au moment opportun, et que nous avions des raisons d’attendre (avant de dévoiler ce qu’il en était).

Nous évoluons dans un milieu cerné par les forces de l’impérialisme. Le monde ne vit pas dans des conditions normales : alors que les bombes criminelles des impérialistes yankees tombent sur un peuple comme celui du Vietnam, nous ne pouvons pas dire que nous vivons dans des conditions normales (Applaudissements) ; lorsque plus de 100 000 soldats yankees y débarquent pour essayer d’écraser le mouvement de libération national ; quand les soldats de l’impérialisme débarquent dans une République qui jouit légalement des mêmes droits que toutes les autres Républiques du monde, ce qui est le cas de Saint-Domingue, pour piétiner sa souveraineté (Applaudissements), le monde ne vit pas dans des conditions normales. Lorsque, autour de notre pays, les impérialistes forment des mercenaires et organisent des attaques terroristes de la manière la plus impunie, comme dans le cas de la Sierra Aránzazu ; lorsque les impérialistes menacent d’intervenir dans n’importe quel pays d’Amérique latine et du monde, on ne vit pas dans des conditions normales. Et lorsque nous nous sommes battus dans la clandestinité contre la tyrannie de Batista, nous les révolutionnaires ne vivions pas dans des conditions de normalité, et nous devions donc nous conformer aux règles (très strictes) de la lutte ; de la même manière, bien que le pouvoir révolutionnaire existe dans notre pays, en ce qui concerne les réalités du monde, nous ne vivons pas dans des conditions normales et nous devons respecter les règles de cette situation (qui nous imposent la prudence et le secret).

Et pour expliquer cela, nous allons lire une lettre manuscrite que j’ai ici entre les mains, et qui a été retranscrite par machine à écrire (pour m'en faciliter la lecture), du camarade Ernesto Guevara (Applaudissements), qui s’explique lui-même (sur les raisons de son absence). Je m’étais demandé si je devais retracer l’histoire de notre amitié et de notre fraternité, comment elle a commencé, dans quelles conditions et comment elle s’est développée. Mais ce n’est pas nécessaire. Je vais simplement lire la lettre. 

Elle dit : « La Havane... » 

La date n’a pas été inscrite, puisque cette lettre devait être lue au moment que nous jugerions le plus opportun, mais pour coller à la stricte réalité, elle m’a été remise le 1er avril de cette année, il y a exactement six mois et deux jours.

Voilà ce qu’elle dit :

« La Havane, année de l'Agriculture [1965].

Fidel,

Je me souviens en ce moment de beaucoup de choses : du jour où j’ai fait ta connaissance dans la maison de Maria Antonia, du moment où tu m’as proposé de venir avec vous [pour participer à la Révolution cubaine] et de toute la tension des préparatifs.

Un jour, on est venu nous demander qui devait être prévenu en cas de décès, et la possibilité réelle de ce fait (la mort) nous a tous saisis. Par la suite, nous avons su que c'était vrai, et que dans une Révolution, on triomphe ou on meurt – si elle est véritable. De nombreux camarades sont tombés sur le chemin menant à la victoire.

Aujourd’hui, tout a un ton moins dramatique, parce que nous sommes plus mûrs ; mais les faits se répètent. J’ai l’impression d’avoir accompli la part de mon devoir qui me liait à la Révolution cubaine sur son territoire, et je prends congé de toi, des compagnons, et de ton peuple qui est maintenant aussi le mien.

Je démissionne formellement de mes fonctions à la Direction du Parti et de mon poste de ministre, et je renonce à mon grade de Commandant et à ma nationalité cubaine. Rien de légal ne me lie plus aujourd’hui à Cuba, à l'exception des liens d’une autre nature qu’on ne peut briser, contrairement aux titres.

En passant ma vie en revue, je crois avoir travaillé avec suffisamment d’honnêteté et de dévouement à la consolidation du triomphe révolutionnaire. Ma seule faute de quelque gravité, c’est de ne pas avoir eu plus confiance en toi dès les premiers moments dans la Sierra Maestra et de ne pas avoir su discerner plus rapidement tes qualités de leader et de révolutionnaire. J’ai vécu des jours magnifiques et j’ai éprouvé à tes côtés la fierté d’appartenir à notre peuple en ces journées lumineuses et tristes de la Crise des Caraïbes. Rarement un chef d’Etat ne fut aussi brillant que tu le fus dans ces circonstances, et je me félicite aussi de t’avoir suivi sans hésiter, d’avoir adhéré pleinement à ta façon de penser, et d'avoir su voir et apprécier les dangers et les principes de la même façon que toi.

D’autres terres du monde réclament le concours de mes modestes efforts. Je peux faire ce qui t’est interdit par tes responsabilités à la tête de Cuba, et l’heure est venue de nous séparer.

Sache que je pars avec un mélange de joie et de douleur. Je laisse ici les plus pures de mes espérances de constructeur et les plus chers de tous les êtres que j’aime. Et je laisse un peuple qui m’a adopté comme un fils. Cela déchire toute une partie de mon âme. Sur les nouveaux champs de bataille, j'apporterai la foi que tu m’as inculquée, l’esprit révolutionnaire de mon peuple, le sentiment d’accomplir le plus sacré des devoirs : lutter contre l’impérialisme où qu’il se trouve. Cela réconforte et guérit avantageusement les blessures les plus profondes.

Je répète une fois encore que je délivre Cuba de toute responsabilité, sauf de celle qui émane de son exemple. Si un jour, sous d’autres cieux, survient pour moi l’heure fatidique (du martyre), ma dernière pensée sera pour ce peuple et plus particulièrement pour toi. Je te remercie pour tes enseignements et ton exemple envers lesquels j’essaierai de rester fidèle jusqu’à l'ultime conséquence de mes actes. J’ai toujours été en accord total avec la politique extérieure de notre Révolution et je le suis encore. Partout où je me trouverai, je sentirai toujours peser sur moi la responsabilité d’être un révolutionnaire cubain, et je me comporterai comme tel. Je ne laisse aucun bien matériel à mes enfants et à ma femme, et cela ne me chagrine pas. Je suis heureux qu’il en soit ainsi. Je ne demande rien pour eux, car je sais que l’Etat leur donnera ce qu’il faut pour assurer leur subsistance et leur instruction.

J’aurais encore beaucoup à dire, à toi et à notre peuple, mais je sens que c’est inutile, car les mots ne peuvent exprimer ce que je voudrais dire, et ce n’est pas la peine de noircir davantage de papier.

Jusqu’à la victoire, toujours.

La Patrie ou la Mort !

Je t’embrasse avec toute ma ferveur révolutionnaire.

(Signé :) Che. »

lundi 9 octobre 2017

Immortal words of the martyr Ernesto 'Che' Guevara

Excerpts from two speeches of the Commandante Ernesto Che Guevara, translated on the occasion of the fiftieth anniversary of his assassination by the CIA, on October 9, 1967

Full speeches (in Spanish): https://360letras.wordpress.com/2015/12/07/385/

Translation and subtitles: http://sayed7asan.blogspot.fr



Transcript:

Speech in Santiago de Cuba on November 30th, 1964, on the occasion of the 8th anniversary of the uprising of the city led by Frank País

[...] Our victorious struggle had two consequences: the awakening of the peoples of America, who saw that one could undertake a Revolution (and triumph), could experience how a revolution could be made, find that all channels (to the popular uprising) were not closed and see that it was not necessary to constantly receive the blows of the exploiters, and that this path towards emancipation was not as long and arduous as could imagine or think some party leaders who fight hard against the oligarchies and against imperialism in every country.

At the same time, we have opened the eyes of imperialism. Imperialism has also started preparing to drown in blood the new Cubas that may emerge. And before he died, Kennedy had already said they would not admit new Cubas in the continent. And this was repeated by his successors, who are wolves from the same litter, so we should not think that they could have a different philosophy. Not only did they reiterate [Kennedy's words], they also demonstrated their intention to carry out this action, to accomplish it not only in America, but in all countries of the world in which the struggle was created, where the revolutionary struggle developed.

They tried to kill Algeria, but Algeria won its freedom. Today, they try to liquidate the people of Vietnam, but the people of Vietnam is stronger than them, and Vietnamese people continue day after day to record new victories over imperialism, forcing him to pay with the blood of [US] soldiers, and paying himself a tribute [of martyrs] to the huge amount of casualties caused by imperialism against the people of South Vietnam. And the struggle continues and will continue until victory. This revolution began even before ours in North Vietnam, and was consolidated before we could arrive triumphantly in Havana. But you have to keep fighting.