mercredi 21 juin 2017

Sayed Ali Khamenei : Israël est une page sombre de l'histoire qui va se refermer


Allocution du Guide Suprême de la République Islamique d’Iran à la sixième conférence internationale de soutien à l’Intifada palestinienne

Téhéran, le 21 février 2017







Transcription :

Que la paix de Dieu soit sur vous, ainsi que Ses bénédictions.

Avant de commencer mon discours, je voudrais rappeler au public que c’est aujourd’hui l’anniversaire du martyre de Malcolm X, un leader musulman américain. Je voudrais demander à tous les participants de réciter la sourate Al-Fatiha (L’Ouverture) et la sourate Al-Tawhid (L’Unicité) pour l’âme de ce martyr. [Récitation]

Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux,

Toute la louange est due à Dieu, le Seigneur des Mondes, et que la paix et les salutations de Dieu soient sur le Maître de tous les peuples, Muhammad al-Mustafa, ainsi que sur sa famille pure et sur ses compagnons choisis

Dieu, le Très-Sage, a dit dans le Livre Manifeste [Le Saint Coran] : « Ne vous découragez pas ! Ne vous affligez pas ! Car vous aurez bientôt la victoire, si vous avez la foi. » [Le Saint Coran, III, 139]. Et selon le plus puissant des orateurs : « Ne soyez pas pusillanimes en implorant la paix à l’ennemi alors que vous êtes les plus forts et que Dieu est avec vous. Dieu ne vous frustrera jamais du fruit de vos œuvres. » [Le Saint Coran, 47: 35].

Pour commencer, je vous accueille comme il se doit, chers invités, responsables honorables des organisations islamiques, dirigeants de divers groupes palestiniens, intellectuels, universitaires et personnalités exceptionnelles du monde de l’Islam et d’autres personnalités qui luttent pour la liberté. Je vous souhaite la bienvenue et vous remercie pour votre présence dans cette importante conférence.

L’histoire tragique de la Palestine et la tristesse extrême causée par l’oppression infligée à cette nation patiente, endurante et résistante, affligent profondément tout individu aspirant à la liberté, à la vérité et à la justice, et provoquent une souffrance et une douleur déchirantes dans le cœur de chacun.

L’histoire de la Palestine est pleine de hauts et de bas, marquée par l’occupation cruelle de cette région, qui a rendu des millions d’individus sans domicile [réfugiés et déplacés], et la Résistance courageuse de ce peuple héroïque. Une recherche historique intelligente montre qu’aucun peuple dans aucune ère de l’Histoire n’a jamais été soumis à une telle douleur, une telle souffrance et une telle cruauté. Jamais auparavant un pays n’a été occupé dans un complot suprarégional, jamais un peuple entier n’a été chassé de sa maison et de son pays afin qu’un autre groupe de gens venant de contrées lointaines du monde soit apporté pour remplacer cette nation. Il n’a jamais été observé qu’une entité réelle soit ignorée et qu’une fausse entité prenne sa place.

Mais c’est une autre page honteuse de l’histoire qui se refermera avec l’autorisation et l’assistance d’Dieu l’Exalté, comme d’autres pages honteuses de l’histoire [qui ont déjà disparu]. « Certes, la fausseté est vouée à disparaître. » [Coran, 17, 81]. Et Il dit également : « Mes pieux serviteurs hériteront de la Terre. » [Coran, 21, 105]

mardi 20 juin 2017

Hassan Nasrallah : chaque personne doit aider la Palestine

Discours de Sayed Hassan Nasrallah pendant la Journée mondiale d'Al-Quds (Jérusalem) en 2005

« Un peu d'argent d'ici et de là, c'est comme des gouttes d'eau qui peuvent devenir des torrents, des mers ou des océans... A quelques jours de la fête de l'Aïd al-Fitr, souvenez-vous de vos frères et sœurs en Palestine. » Sayed Hassan Nasrallah

Faire un don pour la Palestine : https://www.cbsp.fr/dons/index.php?lang=fr


Transcription :

Aujourd'hui, alors que nous parlons des succès de l'Intifada, je me dois de vous dire une chose. Nous devons continuer à soutenir cette Intifada. Mais du fait de la répression dans de nombreux pays arabes, et des crises et problèmes, je veux vous dire à vous au Liban, et à tous les frères et sœurs dans le monde arabe et musulman : il y a une chose dont nous soulignons à nouveau l'importance et le caractère vivant.

Regardez donc ô mes frères et soeurs : les Etats-Unis ont oeuvré pour assiéger l'Intifada financièrement et économiquement, et pour assiéger le peuple palestinien financièrement, économiquement et dans ses moyens de subsistance, et ils ont imposé aux pays du monde de placer les mouvements de djihad [Résistance], en particulier le Hamas et le Jihad Islamique, ainsi que d'autres factions, sur la liste des organisations terroristes. De l'argent a été saisi, des organisations ont été fermées, et des associations ont été interdites. Et même dans le monde arabe, beaucoup de régimes se sont soumis aux demandes américaines et ont arrêté les aides pour le peuple palestinien, interdisant les collectes de dons pour le peuple palestinien.

Je vous déclare ceci : aujourd'hui, le devoir le plus vital des Arabes et des musulmans, tout homme et toute femme, tout jeune et tout adulte, ce que nous devons apporter en premier lieu au peuple palestinien, à ses forces de djihad, c'est de l'argent. Et chacun d'entre nous peut donner une somme d'argent. Un peu d'argent d'ici et de là, c'est comme des gouttes d'eau qui peuvent devenir des torrents, des mers ou des océans.

Je lance à nouveau mon appel pour cette cause que nous n'avons pas le droit de négliger. Toutes les associations, tous les mouvements, tous les partis et toutes les initiatives individuelles et collectives doivent se mobiliser pour collecter de l'argent partout dans le monde arabe et islamique et dans tout autre endroit du monde, et faire parvenir l'argent aux Palestiniens. 

Avec l'argent, ils achètent le pain, ils (re)construisent les maisons détruites. Avec l'argent, ils pansent leurs blessures, et avec l'argent, ils se procurent des armes. En Palestine, il y a des hommes et des femmes qui n'ont pas reculé, qui n'ont pas faibli. Les héros de notre temps se trouvent aujourd'hui en Palestine.

Ce dont ils ont besoin, si on n'arrive pas à leur faire parvenir de la nourriture, nous pouvons leur adresser de l'argent pour qu'ils achètent de la nourriture. Si nous ne pouvons pas leur faire parvenir des armes, alors faisons-leur parvenir de l'argent avec lequel ils achèteront des armes.

Certains nous contactent de tous les coins du monde arabe et islamique et nous disent : je veux aller combattre en Palestine. En Palestine, il y a des milliers de personnes prêtes à réaliser des opérations martyre, des centaines de milliers de combattants, des dizaines de milliers d'aspirants au martyre, parmi les jeunes hommes et les jeunes femmes.

Si tu as de l'argent (quelle que soit la somme), envoie-le à un jeune en Palestine, à une famille en Palestine, afin qu'elle reconstruise sa maison, qu'il puisse aller à l'école / l'université et que sa vie continue, qu'il achète des armes ou des munitions, pour qu'il s'entraîne aux opérations martyre ou aux combats, etc.

Oui. Est-ce qu'Israël peut interdire que l'argent parvienne aux Palestiniens ? Cet argent peut leur parvenir. Je tiens à souligner tout particulièrement l'importance de ce point.
 
Certains disent ; que pouvons-nous faire en cette étape cruciale ? Très bien. Tu ne peux pas faire de manifestations (pro-palestiniennes) dans le monde arabe, laisse donc cela de côté. Aujourd'hui, nous manifestons, nous nous réunissons (pour la Journée d'Al-Qods célébrée le dernier vendredi de Ramadan), cette grande masse populaire, politique et officielle sert en vérité à manifester le soutien et la solidarité, pour souligner le caractère vivant de la cause. Mais tout le monde aujourd'hui, chaque femme et chaque homme, chaque Arabe et chaque musulman, peut prélever un peu de son argent, un peu de son salaire (pour la Palestine).

Souvenez-vous ô mes frères et sœurs : dans quelques jours, (on célèbrera) l'Aïd al-Fitr dans tout le monde arabe et musulman, les festivités, les repas, les nouveaux vêtements, les pâtisseries, sauf dans les maisons des pauvres et des démunis d'entre nos peuples. Mais même pour les pauvres et les démunis, l'Aïd a une portée. Souvenez-vous donc des vôtres en Palestine, souvenez-vous de vos frères et sœurs en Palestine, souvenez-vous des familles ruinées par la destruction de leur maison en Palestine.

Par conséquent, notre responsabilité aujourd'hui est de poursuivre notre soutien, le soutien politique, médiatique, moral, militaire et social, mais ce que nous n'avons pas le droit de négliger un seul jour, c'est ce soutien financier nécessaire et possible, faisable pour tous. Et je parle là de notre devoir (absolu), pas d'une action recommandée. 

Nous devons aider nos frères en Palestine avec de l'argent, cet argent que nous pouvons leur apporter (en fonction des capacités de chacun, même symboliques). Aujourd'hui... Le jour viendra peut-être ou nous devrons apporter notre soutien en versant notre sang, en combattant, mais tout ce qui est demandé de nous aujourd'hui, c'est de lever le blocus (de Gaza)...

[Salutations de la foule sur le Prophète]
 
C'est que le blocus et l'isolement financier et économique imposés par les Etats-Unis et Israël à notre peuple en Palestine soient levés.

dimanche 11 juin 2017

Guerre des 6 jours : que s’est-il réellement passé en juin 1967 ? (Norman Finkelstein)

Dans la première partie d’un long entretien en trois parties à l’occasion du 50e anniversaire de la guerre israélo-arabe de juin 1967, l’auteur et universitaire Norman Finkelstein déconstruit les mythes persistants qui entourent cette confrontation historique – des mythes qui ont soutenu l’occupation israélienne des territoires palestiniens qui en a résulté. 

Source : http://therealnews.com/t2/story:19230:Six-Day-War%2C-50-Year-Occupation%3A-What-Really-Happened-in-June-1967%3F



Norman G. Finkelstein a obtenu son doctorat en 1988 au Département de la politique de l’Université de Princeton. Il enseigne actuellement au Centre de l’Université de Sakarya pour les études sur le Moyen-Orient en Turquie. Finkelstein est l’auteur de dix livres qui ont été traduits en 50 éditions étrangères.

Transcription :

Aaron Mate : Voici l’émission The Real News, je suis Aaron Mate. Le 5 juin marque le 50e anniversaire de la guerre de 1967 entre Israël et les États arabes voisins. En six jours de conflit, Israël a capturé le Sinaï égyptien, les hauteurs du Golan syrien, la Cisjordanie et la bande de Gaza. A l’exception du Sinaï, Israël contrôle toujours tous ces territoires. De fait, l’occupation militaire israélienne de la Cisjordanie et de Gaza est la plus longue des temps modernes. Dans cette première partie, nous allons étudier ce qui s’est passé en 1967. Mais ce n’est pas seulement une leçon d’histoire. Le récit dominant de 1967 est qu’Israël a fait face à une menace existentielle, qu’il a mené une guerre défensive et qu’il ne voulait pas occuper des terres arabes. Ce récit a été utilisé à maintes reprises pour justifier la violence et la répression d’Israël dans les territoires occupés, et il est donc important que nous comprenions bien l’histoire réelle et rectifions ceux qui la déforment. Mon hôte est quelqu’un qui a accompli cette tâche pendant des décennies. Norman Finkelstein est un universitaire, auteur de nombreux ouvrages sur le conflit israélo-palestinien, et je suis très heureux qu’il soit parmi nous. Bienvenue, Norman.

Norman Finkelstein : Eh bien, merci de me recevoir, Aaron.

Aaron Mate : Merci d’être avec nous. Nous allons entendre beaucoup de commémorations de la guerre de 67, et le récit qui nous sera proposé ressemble beaucoup à celui-ci. Il est issu du New York Times. Le NY Times écrit :

« Cette année marque un demi-siècle depuis la guerre israélo-arabe de 1967 dans laquelle Israël a fait victorieusement face à une menace d’anéantissement par ses voisins arabes et en est également venu à dicter sa loi aux Arabes palestiniens dans les zones capturées, y compris dans la vieille ville [de Jérusalem]. »

Norman, c’est le NY Times qui dit qu’Israël « a fait victorieusement face à une menace d’anéantissement » en 67. Quel est le problème avec cette image  [qui  nous est présentée] ?

Norman Finkelstein : Eh bien, ce qui ne va pas avec elle, c’est que cela ne s’est jamais produit, et c’est généralement un gros problème. C’est ce qu’on appelle « falsifier l’histoire ». Les faits sont très clairs pour 1967, au moins sur le point que nous allons maintenant aborder. Les États-Unis avaient de nombreuses agences de renseignement qui surveillaient la situation entre Israël et ses voisins arabes, probablement près d’une demi-douzaine d’organismes de renseignement, et l’administration américaine sous Lyndon Johnson était rigoureusement tenue au courant de tout ce qui se passait là-bas.

Maintenant, la grande question pour Israël en 1967 n’était pas de savoir s’ils allaient prévaloir sur les Arabes. Ils savaient que c’était dans la poche parce qu’ils avaient déjà [les enseignements de] leur répétition de bal en 1956 quand ils ont conquis [tout] le Sinaï en 100 heures environ, et [en 1967], nous ne sommes qu’une décennie plus tard, et ils savent qu’ils vont vaincre facilement. Leur principale préoccupation était : comment les États-Unis réagiraient-ils ? Et en 1957, une décennie plus tôt, les États-Unis avaient agi assez sévèrement. Dwight D. Eisenhower avait donné à Israël un ultimatum : sortez ou alors... En d’autres termes, sortez du Sinaï ou vous allez faire face à une forte réaction du gouvernement des États-Unis. Les Israéliens craignaient qu’il y ait une répétition de 1957 en 1967.

Donc les Israéliens envoyaient beaucoup de gens pour tâter l’administration américaine, en posant des questions à des personnes qui avaient des accès et qui étaient liées à Johnson. Parmi les personnes envoyées, il y avait le Major-Général de division Meir Amit, qui était le chef du Mossad israélien, l’agence de renseignement. Maintenant, les États-Unis avaient abouti à deux conclusions fermes à propos de 1967. Conclusion numéro un, le Président égyptien Gamal Abdel Nasser n’allait pas attaquer. Il n’y avait aucun élément de preuve indiquant qu’il allait attaquer. Conclusion numéro deux, si, contre toutes les données, il attaquait, comme Johnson le disait à l’époque : « Vous allez leur mettre une raclée s
il attaque. C’est ce que disent tous nos services de renseignement ».

Maintenant, vous pourriez poser la question, eh bien, c’est ce que le renseignement américain disait, mais que disait le renseignement israélien ? Eh bien, nous le savons, parce que le 1er juin, le Général-Major Meir Amit est venu à Washington et il a parlé à des hauts fonctionnaires américains. Il a dit, et maintenant je le cite, qu’il n’y avait « aucune différence dans l’évaluation de la situation actuelle au Moyen-Orient par nos services de renseignement [respectifs]. Aucune différence. » Ce qui signifie que les Israéliens savaient aussi que Nasser n’allait pas attaquer et qu’ils savaient aussi que s’il attaquait, alors, comme Johnson l’a déclaré : « Vous allez leur mettre une raclée. » De fait, c’est ce qui s’est passé…

Le secrétaire à la Défense à l’époque était alors Robert McNamara et, dans les discussions internes, il a prédit que la guerre durerait de sept à dix jours. Plus tard, il se vanterait de la justesse de son estimation. En fait, la guerre était terminée non pas en six jours, mais la guerre était terminée, vraiment littéralement, elle était finie en six minutes environ. Au moment où Israël a lancé sa frappe Blitzkrieg et anéanti l’armée de l’air égyptienne, qui était encore au sol, alors les troupes au sol n’avaient aucun soutien aérien. C’était fini. La seule raison pour laquelle ça a duré six jours, c’est parce qu’ils voulaient s’emparer de territoires. C’était une capture de terres [par la force].

samedi 10 juin 2017

Vladimir Poutine répond à une question agressive sur la démocratie en Russie

Entretien avec la NBC

En marge du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, Vladimir Poutine a répondu aux questions de la présentatrice vedette de NBC Megyn Kelly.

Le 5 juin 2017




 Transcription :

Megyn Kelly : De nombreux Américains entendent le nom « Vladimir Poutine » et se disent : « Il dirige un pays plein de corruption, un pays dans lequel des journalistes qui sont trop critiques peuvent être assassinés, un pays dans lequel les dissidents peuvent se retrouver en prison ou pire. » Quel est votre message aux gens qui croient cela ?

Vladimir Poutine : Je veux dire que la Russie se développe selon une voie démocratique, c’est indubitablement le cas. Personne ne devrait en douter. La rivalité politique et les autres événements intérieurs qui peuvent s’y produire sont également caractéristiques des autres pays, et je ne vois rien d’inhabituel à ce propos.

Nous avons des rassemblements, des rassemblements de l'opposition. Et les gens ici ont le droit d'exprimer leur point de vue. Cependant, si les gens, en exprimant leur point de vue, enfreignent la législation en vigueur, la loi actuelle, les services de police et de justice tentent évidemment de rétablir l'ordre.

J'attire votre attention sur ce une chose dont j'ai discuté récemment lors d'un voyage en France et dans mes discussions avec d'autres collègues européens. Nos forces de police, heureusement, jusqu'à présent, n'utilisent pas de matraques, de gaz lacrymogènes ou d'autres mesures extrêmes pour faire respecter l'ordre, des choses que nous voyons souvent dans d'autres pays, y compris aux États-Unis [et en France].

En parlant de l'opposition, rappelons-nous le mouvement Occupy Wall Street. Où est-il maintenant ? Les services de police et de justice et les services spéciaux aux États-Unis l'ont démantelé, mis en petits morceaux, et l'ont dissous. Je ne vous pose pas de questions sur la situation en matière de démocratie aux États-Unis. Surtout que la législation électorale est loin d'être parfaite aux États-Unis. Pourquoi pensez-vous que vous auriez le droit de nous poser de telles questions, et, de surcroît, le faire tout le temps, nous faire la morale et (prétendre) nous enseigner comment (on devrait) vivre ?

Nous sommes prêts à écouter nos partenaires, prêts à écouter des évaluations et des bilans lorsque cela se fait de manière amicale, afin d'établir des contacts et de créer une atmosphère commune et de nous consacrer aux valeurs que nous partageons. Mais nous n’accepterons jamais que de telles questions soient utilisées comme un outil de lutte politique. Je veux que tout le monde le sache. Voilà notre message.

Vladimir Poutine : Trump n'est qu'un pion de l'Etat profond US

Interview de Vladimir Poutine sur Macron, Trump, l'Ukraine, la Syrie et la Russie (Le Figaro)

L’interview a été enregistrée le 29 mai à Paris lors de la visite du Président russe en France.
 

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr (voir l'interview intégrale ici)




Transcription :


Journaliste : Vous avez mentionné les États-Unis. Les allégations d’ingérence de la Russie dans l’élection présidentielle aux États-Unis ont soulevé une tempête politique à Washington. Des allégations similaires ont également été exprimées en France. Quelle est votre réponse, surtout dans le contexte des développements récents aux États-Unis ? 
Vladimir Poutine : J’ai déjà commenté cette question plusieurs fois. Il y a eu une question d’un de vos collègues à ce sujet aujourd’hui. Il l’a dit avec beaucoup de précaution à la conférence de presse, disant que « il y a des allégations selon lesquelles des pirates russes... » Qui est l’auteur de ces allégations ? Sur quoi se basent-elles ? Si ce ne sont que des allégations, alors ces pirates pourraient être de n’importe où ailleurs et pas nécessairement de Russie.

Comme l’a dit le Président Trump, et je pense qu’il avait tout à fait raison lorsqu’il a dit cela, ça aurait pu être quelqu’un qui était assis sur son lit (un particulier) ou peut-être que quelqu’un a intentionnellement inséré une clé USB avec le nom d’un ressortissant russe ou quelque chose comme ça. Tout est possible dans ce monde virtuel. La Russie ne s’engage jamais dans des activités de ce genre, et nous n’en avons pas besoin. Cela n’aurait pour nous aucun sens de faire de telles choses. A quoi bon ?

J’ai déjà parlé à trois Présidents américains. Ils vont et viennent, mais la politique reste la même en tout temps. Vous savez pourquoi ? A cause de la puissante bureaucratie. Lorsqu’une personne est élue, elle peut avoir certaines idées. Ensuite, des gens avec des mallettes arrivent, bien habillés, portant des costumes foncés, tout comme le mien, à l’exception de la cravate rouge, puisqu’ils portent des cravates noires ou bleu foncé. Ces personnes commencent à expliquer comment les choses se font. Et instantanément, tout change. C’est ce qui se passe avec chaque administration.

Changer les choses n’est pas facile, et je le dis sans ironie. Ce n’est pas que la personne ne veut pas le faire, mais parce qu’il est très difficile de le faire. Prenez Obama, un homme qui voit loin, un libéral, un démocrate. N’avait-il pas promis, avant son élection, de fermer Guantanamo ? Mais l’a-t-il fait? Non, il ne l’a pas fait. Et puis-je demander pourquoi ? Ne voulait-il pas le faire ? Il le voulait, j’en suis sûr, mais cela n’a pas fonctionné. Il a sincèrement voulu le faire, mais n’a pas réussi, car cela s’est révélé très compliqué.

Ce n’est pas le problème principal, cependant, même s’il est important, car il est difficile de comprendre que des gens ont marché [à Guantanamo] dans des chaînes depuis des décennies sans procès ni enquête. Pouvez-vous imaginer la France ou la Russie agir de cette façon ? Ce serait une catastrophe. Mais c’est possible aux États-Unis et ça continue à ce jour. Il s’agit de la question de la démocratie, soit dit en passant.

Je me suis référé à cet exemple seulement pour montrer que ce n’est pas aussi simple qu’il le parait. Cela dit, je suis prudemment optimiste et je pense que nous pouvons et devrions être à même de parvenir à des accords sur des questions clés.

jeudi 8 juin 2017

La réponse de l’Iran à l’attaque de Daech : « Et alors ? »


Par Ramin Mazaheri




Donc Daech prétend avoir réalisé sa première attaque en Iran. La réponse en Iran semble être : « Et alors ? »

Malgré le fait que l’attaque soit survenue près de l’aéroport international de Téhéran, il n’y a eu aucune perturbation des vols. Les citoyens ont été invités à ne pas prendre le métro, mais il n’y a eu aucune fermeture ou blocage. Il n’y a pas eu de loi martiale. Pas même la déclaration d’un état d’urgence. Aucune liberté civile n’a été restreinte. Aucun Patriot Act n’est en cours d’élaboration. Il n’y a pas eu d’élargissement des pouvoirs de l’exécutif.

Malgré une attaque survenue près du Parlement, les législateurs ont continué à vaquer à leurs occupations, alors même que des échanges de coups de feu avaient lieu dans les bâtiments avoisinants. La diffusion en direct de la séance parlementaire n’a même pas été interrompue.

Des politiciens assez courageux, hein ? Je suppose que leurs électeurs se disent qu’ils ont fait un bon choix.

(Les gens pensent qu’il est si courageux d’aller en guerre l’arme au poing : mais il est beaucoup plus difficile d’être ce gars qui porte seulement un drapeau – tout ce qu’ils ont, c’est la croyance et l’abnégation.)

Les commentateurs étrangers parlent de la façon dont l’Iran a finalement été ciblée avec succès par Daech, comme si nous [Iraniens] devions avoir peur maintenant.

C’est vraiment improbable.

La raison est simple : la plupart des Iraniens d’aujourd’hui ont combattu, survécu ou grandi pendant la guerre traditionnelle la plus mortelle jamais menée entre les armées régulières de pays en développement – la guerre Iran-Irak de 1980-1988.

Peut-être qu’il s’avèrera que j’ai tort, car j’écris ceci seulement quelques heures après que l’attaque ait été neutralisée, mais j’en doute. Je connais l’Iran et je suis persuadé que les terroristes ne gagneront pas en nous effrayant et nous acculant à vivre de manière soumise.
 
Donnez-leur du temps et je prédis que les commentateurs occidentaux finiront par admettre leur incompréhension face au fait que le gouvernement iranien n’utilise pas cet acte terroriste comme moyen d’accroître son propre pouvoir et de contrôler la population – après tout, ils ont été si incroyablement efficaces !

Cette attaque aide l’Occident à montrer à quel point ses réponses sont disproportionnées

Mais une telle réponse (« On continue comme si de rien n’était ») est impensable en Occident. Bien sûr, le Royaume-Uni invite à « Rester calme et continuer à vivre normalement », mais nous savons tous que ce n’est qu’un slogan vide destiné aux consommateurs.

Sans blague, la BBC a même faussement rapporté : « Cependant, des responsables ont annoncé un état d’urgence à l’échelle nationale en réponse aux attaques. » Je suppose qu’ils pensent avec arrogance que nous continuons à les suivre aveuglément ? Non pas que ce mauvais journalisme puisse ternir leur réputation, bien sûr...

Et qu’est-ce qui se passe aux États-Unis ? Eh bien, souvenons-nous de l’attentat du marathon de Boston : un verrouillage total de la ville. L’ensemble du système de transport urbain a été fermé. 19 000 troupes de la garde nationale ont occupé la ville.

« Des véhicules blindés roulant à vive allure ont parcouru des quartiers résidentiels en long et en large. Des innocents ont été confrontés dans leurs maisons par un fusil d’assaut ou ont vu des armes pointées sur eux pour avoir simplement regardé à travers les rideaux de leurs propres fenêtres », se souvient The Atlantic. (Bien sûr, le journal a totalement exonéré les autorités, en écrivant : « Que personne ne les condamne »).

Et pourtant, cet incident a inspiré la phrase « Boston Strong » (« Boston est fort »).

LOL, je suppose que cela signifie être fort derrière vos portes verrouillées ? Forte comme « les fiers-à-bras d’internet », avec leurs rodomontades menaçantes et ineptes balancées en ligne ?

Attention, je n’insulte certainement pas les Bostoniens de lâches. Je sais exactement pourquoi ils sont restés à la maison – ils craignaient d’être arrêtés. Ils savaient que s’ils n’obéissaient pas, ils seraient jetés en prison et que la clé de leur cellule serait jetée aux oubliettes, pour la raison suivante : c’est ça l’Amérique !

Les Bostoniens ne craignaient pas les terroristes – ils craignaient la police. Ils craignaient le système judiciaire. Ils craignaient une armée domestique prête à attaquer sans préavis et le système juridique prêt à l’exonérer.

Bien sûr, les médias dominants ne disent jamais cela. L’Américain moyen ne veut même pas l’accepter, car cela causerait une grande honte. Mais ça reste tout à fait vrai.

Les Bostoniens se seraient probablement tous courageusement réunis à Harvard Square contre le terrorisme... s’il y avait de véritables dirigeants. Mais il n’y en a pas. A de tels moments, les dirigeants se terrent dans leurs bunkers : « Je suis trop important », l’essence même de l’individualisme occidental.

Qu’en est-il de la France ? LOL, un état d’urgence de six mois a été déclaré à 4 heures du matin après l’attaque du camion de Nice, et ce n’était même pas le terrorisme [international], mais l’acte solitaire d’un détraqué sans liens avec les organisations terroristes.

Vous vous réveillez et : « Ah, bon? Davantage de dictature d’État policier, juste un niveau en-dessous de la loi martiale ? Oh, bon, nous avons quand même des croissants pour le petit déjeuner... »

vendredi 2 juin 2017

Interview complète de Vladimir Poutine sur Macron, Trump, l'Ukraine, la Syrie et la Russie (Le Figaro)




L’interview a été enregistrée le 29 mai à Paris lors de la visite du Président russe en France.




Transcription :

Journaliste (question retraduite): Monsieur le Président, bien le bonjour. Merci beaucoup d’avoir accepté de répondre aux questions du Figaro. Je voudrais également vous remercier de nous rencontrer ici, dans une salle de classe du Centre culturel russe. Encore une fois, merci de nousavoir accordé cette interview.

Vous êtes venu en France pour ouvrir une exposition qui marque 300 ans depuis la création de relations diplomatiques entre la Russie et la France. Il y a eu des hauts et des bas dans les relations entre les deux pays. Quelle est votre perspective sur l’état actuel de ces relations ?

Vladimir Poutine : Il est vrai que le Président Macron m’a invité à participer à l’ouverture de l’exposition. Cependant, permettez-moi de vous dire tout de suite que les relations entre la Russie et la France ont une histoire bien plus ancienne et des racines beaucoup plus profondes, comme le Président français et moi-même l’avons mentionné à plusieurs reprises aujourd’hui. De fait, la plus jeune fille de Yaroslav le Sage et une des grandes princesses russes, Anna, est venue au 11ème siècle pour épouser le roi de France Henri Ier.

Elle s’appelait en fait Anna de Rus, Reine de France. Son fils Philippe Ier de France a été le fondateur de deux maisons royales européennes, les Valois et les Bourbons, et ce dernier règne en Espagne jusqu’à ce jour.

Cela veut dire que les racines de nos relations sont beaucoup plus profondes, même si, au cours des 300 dernières années, elles ont accéléré. C’est vrai. J’espère vraiment que l’événement d’aujourd’hui, l’exposition et mes entretiens avec le Président Macron donneront un nouvel élan à ces relations.

Journaliste : Monsieur le Président, quelle est votre vision de Pierre le Grand, qui est venu à Versailles en 1717 pour établir des relations diplomatiques ?

Vladimir Poutine : Comme je l’ai dit aujourd’hui à mon collègue français et à nos amis français, Pierre le Grand était avant tout un réformateur, un homme qui non seulement a mis en œuvre les meilleures pratiques et les plus modernes, mais qui était aussi sans aucun doute un patriote, qui a lutté pour assurer à la Russie la place qu’elle mérite dans les affaires internationales.

Mais surtout, il était déterminé à réformer son pays, le rendant moderne, résilient et tourné vers l’avenir. Il a réussi dans beaucoup de ses entreprises, sinon dans toutes. Il s’est concentré sur la recherche, l’éducation, la culture, les affaires militaires et l’Etat, laissant un héritage immense sur lequel la Russie a compté jusqu’à aujourd’hui, sans parler du fait qu’il a fondé ma ville natale, Saint-Pétersbourg, qui était la capitale de la Russie durant de nombreuses années.

Journaliste : Vous avez récemment rencontré M. Macron. Aviez-vous des attentes pour cette première réunion ? Vous avez dit qu’il était important de surmonter le stade de la méfiance. Est-ce fini maintenant ?

En ce qui concerne le problème principal, les sanctions, pouvez-vous dire que vous avez atteint un quelconque type d’accord ?

Vladimir Poutine : Lors de toute réunion, dans tous les contacts, à tout événement de ce niveau, surtout s’il s’agit du premier contact, il y a toujours des attentes. S’il n’y a pas d’attentes, il est inutile de tenir des réunions de ce genre. J’avais certainement des attentes cette fois-ci.

Je voulais voir de plus près, apprendre de première main quelle était la position du nouveau Président de la République française sur les questions clés de l’agenda international et sur le développement des relations bilatérales.

À mesure que le nouveau Président élu prend ses fonctions, il a certainement sa propre vision des choses, des relations bilatérales, de la politique internationale. Dans l’ensemble, je dirais que c’est une vision très pragmatique. Nous avons certainement des points de rapprochement, pour un travail en commun dans des domaines clés.

Journaliste : La mise en œuvre des Accords de Minsk en l’Ukraine semble avoir atteint une impasse. Avez-vous réussi à progresser avec le Président Macron en vue de la résolution de ce conflit ?

Vladimir Poutine : Des progrès dans la résolution de tout conflit, y compris le conflit dans le sud-est de l’Ukraine, peuvent être atteints avant tout par les parties en conflit. Ce conflit est interne – un conflit ukrainien principalement. Il s’est produit après une saisie inconstitutionnelle de pouvoir par la force à Kiev en 2014.

C’est la source de tous les problèmes. La chose la plus importante à faire est de trouver la force de négocier avec toutes les parties en conflit, et surtout, je suis convaincu que, comme on dit, la balle est dans le camp des autorités officielles de Kiev. Tout d’abord, ils doivent s’occuper de mettre en œuvre les accords de Minsk.

Journaliste : Qu’est-ce qui pourrait contribuer à réaliser des progrès dans ce domaine ? La Russie peut-elle proposer une initiative qui apportera la paix ?

mercredi 31 mai 2017

Il faut rechercher le véritable Islam dans le passé, et non chez Daech



Par Robert Fisk




L’Emir Abdelkader était un musulman, un soufi, un Cheikh, un humaniste, protecteur de son peuple contre la barbarie occidentale, protecteur des chrétiens contre la barbarie musulmane, si noble qu’Abe Lincoln lui avait envoyé une paire de pistolets Colt.

Après le massacre de Manchester... oui, et après Nice et Paris, Mossoul et Abu Ghraib, le 7 juillet [2005 à Londres] et le massacre de Haditha – vous rappelez-vous de ces 28 civils, y compris des enfants, tués par les Marines américains, quatre de plus qu’à Manchester, mais pas une minute de silence pour eux ? Et bien sûr, le 11 septembre...

Rééquilibrer la réalité de la cruauté n’est pas une réponse, bien sûr. Juste un rappel. Tant que nous bombarderons le Moyen-Orient au lieu d’y rechercher la justice, nous serons nous aussi attaqués. Mais ce sur quoi nous devons nous concentrer, selon le monstrueux Trump, est le terrorisme, le terrorisme, le terrorisme, le terrorisme, le terrorisme. Et la peur. Et la sécurité. Ce que nous n’aurons pas tant que nous promouvons la mort dans le monde musulman et vendons des armes à ses dictateurs. Croyez au « terrorisme » et Daech gagne. Croyez en la justice et Daech est vaincu.

Je pense donc qu’il est temps de convoquer les mânes d’un homme connu sous le nom de l’Emir Abdelkader – musulman, soufi, Cheikh, guerrier redoutable, humaniste, mystique, protecteur de son peuple contre la barbarie occidentale, protecteur des chrétiens contre la barbarie musulmane, tellement courageux que l’Etat algérien a insisté pour que ses restes soient rapatriés au pays depuis sa bien-aimée Damas, si noble qu’Abe Lincoln lui a envoyé une paire de pistolets Colt et que les Français lui ont accordé la Grande Croix de la Légion d’honneur. Il aimait l’éducation, il admirait les philosophes grecs, il interdisait à ses combattants de détruire les livres, il adorait une religion qui croyait – considérait-il – aux droits de l’homme. Mais que tous les [rares] lecteurs qui connaissent le nom d’Abdelkader lèvent la main.

Nous devrions penser à lui maintenant plus que jamais. Il n’était pas un « modéré » parce qu’il a résisté sauvagement contre l’occupation française de sa terre. Il n’était pas un extrémiste car, durant son emprisonnement au château d’Amboise, il a décrit les chrétiens et les musulmans comme des frères. Il a été soutenu par Victor Hugo et Lord Londonderry et a gagné le respect de Louis-Napoléon Bonaparte (plus tard Napoléon III), et l’Etat français lui a versé une pension de 100 000 francs. Il la méritait.

Lorsque les Français ont envahi l’Algérie, Abdelkader Ibn Muhiedin al-Juzairi (Abdelkader, fils de Muhiedin, l’Algérien, 1808-1883, pour ceux qui aiment les obituaires) s’est engagé dans une guerre de guérilla victorieuse contre l’une des armées les mieux équipées du monde occidental – et il a gagné. Il a mis en place son propre État dans l’ouest de l’Algérie – musulman mais employant des conseillers chrétiens et juifs – et a créé des départements distincts (défense, éducation, etc.) qui s’étendaient jusqu’à la frontière marocaine. Elle avait même sa propre monnaie, la « muhamediya ». Il a fait la paix avec les Français – une trêve que les Français ont violée en envahissant encore son territoire. Abdelkader a exigé un prêtre au service de ses prisonniers français, leur rendant même la liberté quand il n’avait pas de quoi les nourrir. Les Français ont pillé les villes algériennes qu’ils ont capturées, (l’équivalent de) cent Haditha pour réprimer la résistance d’Abdelkader. Lorsqu’il fut finalement vaincu, il se rendit honorablement – livrant son cheval comme un guerrier – sur la promesse d’un exil à Alexandrie ou à Acre. Encore une fois, les Français le trahirent, l’emmenant en prison à Toulon puis à l’intérieur de la France.

Pourtant, dans son exil français, il a prêché la paix et la fraternité, a étudié le français, et a parlé de la sagesse de Platon et de Socrate, d’Aristote, de Ptolémée et d’Averroès. Il a plus tard écrit un livre intitulé Appel à l’Intelligent, qui devrait être disponible sur toutes les plateformes de médias sociaux. Il a du reste également écrit un livre sur les chevaux qui prouve qu’il a toujours été un arabe en selle. Mais son courage a encore été démontré à Damas en 1860, où il a vécu comme un exilé honoré. La guerre civile entre chrétiens et druzes au Liban s’est propagée à Damas où la population chrétienne s’est trouvée entourée par les Druzes musulmans qui sont arrivés avec une cruauté comparable à celle de Daech, brandissant des épées et des couteaux pour massacrer leurs adversaires.

Abdelkader a envoyé ses gardes musulmans algériens – sa milice personnelle – pour fendre la foule et escorter plus de 10 000 chrétiens dans son domaine. Et quand la foule aux couteaux est arrivée à sa porte, il l’a accueillie avec un discours qui est encore récité au Moyen-Orient (quoique totalement ignoré ces jours-ci en Occident). « Créatures pitoyables,  s’écria-t-il. Est-ce la manière dont vous honorez le Prophète ? Que Dieu vous punisse ! Honte à vous, honte à vous ! Le jour viendra où vous payerez pour ça... Je ne vous livrerai pas un seul chrétien. Ils sont mes frères. Sortez d’ici ou je lancerai mes gardes contre vous. »

Les historiens musulmans affirment qu’Abdelkader a sauvé 15 000 chrétiens, ce qui est peut-être un peu exagéré. Mais c’était un homme à imiter pour les musulmans et à admirer pour les Occidentaux. Il a exprimé sa révolte par des mots qui auraient sûrement été utilisés aujourd’hui contre les bourreaux fanatiques de Daech. Bien sûr, l’Occident « chrétien » l’honora à l’époque (bien qu’il ait reçu, de manière intéressante, une lettre d’éloges du leader musulman de la Tchétchénie alors largement indépendante). C’était un homme du « dialogue interreligieux » fait pour plaire au Pape Francis.

Abdelkader a été invité à Paris. Une ville américaine a été nommée après lui – Elkader dans le comté de Clayton, en Iowa, et elle est toujours là, 1 273 habitants. Fondée au milieu du 19ème siècle, lorsqu’il était naturel de nommer votre lieu de résidence d’après un homme qui, n’est-ce pas, faisait honneur aux Droits de l’homme de l’Indépendance américaine et de la Révolution française ? Abdelkader aurait flirté avec la franc-maçonnerie – la plupart des spécialistes considèrent qu’il n’y est pas entré – et aimait la science au point qu’il a accepté une invitation à l’ouverture du canal de Suez, qui était sûrement un projet impérial plutôt que scientifique. Abdelkader a rencontré De Lesseps. Il se considérait, pense-t-on, comme l’homme de la Renaissance de l’Islam, un homme pour toutes les saisons, le musulman pour tous, un exemple plutôt qu’un saint, un philosophe plutôt qu’un prêtre.

Mais bien sûr, l’Algérie natale d’Abdelkader est voisine de la Libye d’où est venue la famille de Salman Abedi, et Abdelkader est mort en Syrie, dont l’assaut par l’aviation américaine – selon la sœur d’Abedi – fut la raison pour laquelle il a massacré les innocents de Manchester. Ainsi, la géographie se contracte et l’histoire se dissipe, et le crime d’Abedi est, pour l’instant, plus important que toute la vie, l’enseignement et l’exemple d’Abdelkader. Donc, pour les Mancuniens, qu’ils se tatouent des abeilles ou qu’ils achètent simplement des fleurs, pourquoi ne pas aller à la bibliothèque centrale de Manchester au square St Pierre et demander Le Combattant compatissant d’Elsa Marsten ou Le Commandeur des croyants de John Kiser ou, publié il y a quelques mois, L’Emir Abdelkader: Apotre de la fraternité de Mustapha Sherif ?

Ce ne sont pas des antidotes pour le chagrin ou le deuil. Mais ils prouvent que Daech ne représente pas l’Islam et qu’un musulman peut gagner respect et honneur auprès du monde entier.